Pierre-André Echenard, chauffeur au Canada

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Pierre-André Echenard, chauffeur au Canada

Message par Papyroutier le Jeu 7 Nov - 7:36

Pierre-André Echenard, chauffeur au Canada

Il surmonte tous ses handicaps ! Domicilié à Montréal,
Pierre-André Echenard fait du Canada-USA-Mexique au volant de son Freightliner Cascadia doté d’une boîte auto.




Jusque là, rien de bien extraordinaire… Sauf que pour exercer son métier, il doit se passer de ses mains !
Originaire du petit village suisse de Chessel (sur les bords du Rhône), Pierre-André Echenard est l’aîné d’une famille d’agriculteurs. Victime du thalidomide, un anti-nauséeux que prenait sa mère comme tant d’autres dans les années 60, il est né avec une grave malformation congénitale : deux avant-bras manquants, l’un avec moignon et l’autre se terminant par deux doigts.

Il va malgré tout s’acharner à être comme tout le monde et, sans rien dire à personne, il commence à conduire le tracteur de son père dès l’âge de 14 ans. Quand il décide de régulariser sa situation et de passer son permis, les choses se compliquent.

On dit que la volonté déplace les montagnes. C’en est une belle démonstration ! Il gagne son pari contre les obstacles que lui tend l’administration, et va encore plus loin : à 18 ans il enchaîne sur du plus lourd pour conduire le camion de la ferme, un superbe Saurer CT4D.

Premier contretemps : les Suisses n’acceptent de lui délivrer qu’un permis pour voiture équipée d’une boîte automatique. Enfin, à 20 ans (et toujours aussi déterminé !), il retourne au service des permis suisse (connu sous le nom de Blécherette) passer son C : « Je l’ai réussi, mais les restrictions d’usage liées à mon handicap devaient bien sûr être inscrites sur mon permis ».

Le voici donc potentiellement « chauffeur routier », métier qu’il n’exerce pas encore totalement puisqu’il continue à seconder son père à la ferme.

En 1982, alors que ses amis partent à l’armée, Pierre-André décide de faire le grand voyage vers nos cousins du Nouveau Monde.

Il s’est dégoté un stage de six mois sur une exploitation agricole au Canada. « Comme je vivais dans une ferme en Suisse, cela a été assez simple pour moi de me faire accepter par les Canadiens. Ils ont bien vu que je connaissais le boulot ! ».

Comme un vrai trucker ! C’est à ce moment-là qu’il a un premier contact avec un transporteur installé au Canada, René Normandin. « Il m’a tout de suite proposé de m’embarquer pour quelques voyages aux États-Unis.

Ces voyages en camion étaient fabuleux pour moi. J’ai enfin pu comprendre de l’intérieur la vie de trucker, qui me faisait tant rêver ».

Les six mois écoulés, Pierre-André rentre en Suisse, où il est embauché par le transporteur Kurt Muller. « Malgré la restriction imposée, il a demandé au service des permis suisses que je puisse conduire tous les camions de son entreprise : des Magirus, des Man, des Iveco dotés d’un moteur Deutz ».

Enfin le grand départ Convaincu qu’il doit « faire sa vie ailleurs » et compte tenu de sa première expérience sympathique au Québec, en 1985, il décide d’aller s’y installer, non pas comme routier, mais comme agriculteur-exploitant en reprenant une ferme laitière.

En effet, tout immigrant qui veut conduire un camion au Québec doit repasser tous ses permis. C’est ce que lui confirme la SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec). L’emploi de fermier lui permet de s’y préparer efficacement et sans précipitation. « Cette étape, aussi laborieuse soit-elle, était indispensable à mon parcours.

Il fallait absolument que je conserve l’acquis obtenu en Suisse. Une fois de plus, ce défi m’a propulsé en avant et j’ai pu prouver que là encore, rien ne me faisait peur ». Le Québec lui rend bien son optimisme : il s’avère que là-bas, aucune discrimination n’est faite à l’encontre du handicap.

Les inspecteurs, bluffés, jugent que le Suisse se débrouille « comme un chef » au volant d’un poids lourd. Le meilleur moment de sa vie !

Il va se servir de ce permis poids lourd comme d’une arme contre la fatalité. Il sera sa bouée de sauvetage. En effet, peinant durement dans sa ferme, Pierre-André sent qu’il n’a plus la force de charrier autant de charges lourdes.

Alors, pourquoi ne pas se lancer carrément dans le transport routier, qui le fait toujours autant fantasmer ? En 87, il vend l’exploitation et reprend contact avec le transporteur René Normandin, devenu son ami depuis leurs joyeuses équipées communes.

Celui-ci accepte de le prendre comme chauffeur remplaçant. « Cela m’a donné l’occasion de faire mes premiers voyages solos aux États-Unis au volant d’un Ford LTL-9000. J’avais enfin un pied à l’étrier », dit-il fièrement. Le mal du pays le reprend Le mal du pays prend le dessus.

Il repart une fois de plus en Suisse, où Daniel Olloz, qui a pris la suite de Kurt Muller (son premier employeur), accepte à son tour de lui donner sa chance. Au volant d’un Iveco 190.33, Pierre-André parcourt la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Roumanie…

Au bout de trois-quatre ans, en 1992, il doit se rendre à l’évidence : sa condition physique ne lui permet pas d’assurer comme il voudrait dans ce métier somme toute déjà difficile pour quelqu’un qui n’a aucun problème physique : « Comme dans ma ferme au Québec, c’était vraiment trop ardu.

Il faut constamment bâcher, débâcher, tirer les palettes et recharger les vides… Je me suis aperçu qu’en Europe, la vie de chauffeur est beaucoup plus dure qu’au Canada, où il y a moins de contraintes ! ». Ah, le Canada… Ce pays ne le lâche pas.

En pesant le pour et le contre, il réalise que le Canada a davantage à lui offrir que l’Europe. « Au Canada, j’avais goûté au ‘‘dry box’’ (caisse rigide), qui n’impose que très peu de manutention.

Il n’y a qu’à ouvrir et fermer les portes ! Pour mon bonheur, une loi d’immigration américaine interdit aux chauffeurs de travailler sur les quais de déchargement.

Si le camion doit être vidé manuellement, ce sont des ‘‘lampers’’ qui s’en chargent ».

Sa vie reprend un coup de rose quand il rencontre Marie-Claude Labrecque, sa compagne depuis vingt ans, handicapée elle aussi : « Ça m’a incité à rester au Canada. C’est vraiment un pays tolérant pour des gens comme nous, et au Québec en particulier, des subventions nous permettent de vivre normalement.

 C’est notamment très important pour Marie-Claude, qui ne se déplace qu’en fauteuil roulant ». Leur monospace Toyota a été complètement transformé et adapté. La boîte auto, sa priorité « J’ai roulé partout, pour plusieurs compagnies de camionnage et avec toutes sortes de tracteurs : Ford, International, Volvo, Freightliner, Kenworth, Peterbilt, Mack, Western Star… ».

Mais ces véhicules étant dotés d’une boîte manuelle ou à présélection, il doit forcer sur sa jambe gauche pour embrayer, alors qu’il porte une orthèse.

Passer les vitesses n’est pas une mince affaire quand on n’a qu’une partie du bras : « J’ai beaucoup d’expérience, mais il y a des limites. J’aime bien conduire, mais si c’est pour en chi…, ce n’est pas la peine », reconnaît-il.

Il cherche alors un transporteur équipé de camions dotés de boîtes automatisées ou automatiques. Victoire !

En 2012, l’entreprise Cat (Canadian american transportation) accepte de l’embaucher en lui proposant le camion rêvé pour lui, un Volvo avec boîte auto. Depuis le siège, à Coteau-du-Lac (près de Montréal), Pierre-André parcourt 8 500 km pendant dix jours (Canada, USA et Mexique), puis revient à sa « base ».

Sa fierté : un Freightliner Cascadia en boîte auto , Récemment, il a touché un tracteur Freightliner Cascadia trois-essieux tout neuf doté d’un 450-chevaux Cummins et d’une semi de 16 m.

Un grand honneur pour lui, surtout quand on sait qu’il coûte la bagatelle de 100 000 $ canadiens (72 000 €).

A l’intérieur, il y a tout le confort d’une maison : la climatisation, le four micro-ondes, une bonne couchette et beaucoup, beaucoup de place… « Il manque juste les WC et la douche », rigole-t-il.

Très à l’aise au volant, Pierre-André utilise à la fois le coude de son bras droit et deux doigts de son bras gauche pour manœuvrer. Les vitesses, elles, passent toutes seules.

Le Canada est certes tolérant, mais les Américains beaucoup moins. Les cops l’ont malmené durant des années à cause de son handicap : « A chaque contrôle, il fallait que je justifie que j’étais un pro comme les autres ».

Une fois, il a dû payer une caution de 100 € et a même été traîné devant un juge ! Après avoir convaincu les autorités de ses talents de conducteur, il s’est vu remettre un document officiel et n’a pratiquement plus eu de souci avec la police. Pierre-André a désormais pris un rythme de travail qui lui plaît : « Je roule depuis un an pour la Cat.

C’est une compagnie très humaine. La preuve : je ne suis pas le seul avec un handicap… Nous avons le choix entre plusieurs méthodes de travail.

Pour ma part, j’ai choisi dix jours sur la route et je suis au repos quatre jours à la maison, ce qui donne la possibilité de faire de beaux voyages ». Il songe à évoluer dans l’entreprise et peut-être à lever le pied sur la conduite. Formateur au sein de la Cat ? Il y pense.
Un article de Marie Fréor sur la revue Les Routiers.fr




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